Des pratiques en évolution

 

Les pratiques utilisant la perspective psychogénétique sont de plus en plus diversifiées et nous ne pouvons rendre compte de toutes ces pratiques.  

 

Nous avons opté pour présenter uniquement quelques milieux de pratique où oeuvrent des intervenants dûment formés.

Les pratiques utilisant la perspective psychogénétique de l'identité 

 

En orientation


 

La perspective psychogénétique de l'identité a été développée d'abord à partir des problématiques de l'orientation.  Dès son élaboration, dans les années quatre-vingt, les pratiques ont débuté.

 

Les conseillers d'orientation et les conseillers en emploi travaillant dans les organismes de développement de l'employabilité cherchaient des moyens plus efficaces que les traditionnels tests d'orientation pour aider leurs clientèles à s'orienter et à intégrer le monde du travail.  Ils ont trouvé dans la perspective psychogénétique de l'identité un outil diagnostic pour mieux comprendre, non seulement les difficultés de leurs clients, mais surtout une compréhension des sources de ces difficultés, des déficits les occasionnant.  Ils ont aussi trouvé des moyens d'intervenir sur ces déficits. 

 

L'utilisation de l'épreuve Groupements a débuté dans la grande région de Montréal.  Vu les succès obtenus avec la perspective psychogénétique de l'identité, le bouche à oreille a fait le reste et on retrouve de nombreux professionnels formés dans plusieurs autres régions du Québec.

 

Des conseillers d'orientation du réseau scolaire ont aussi commencé à pratiquer l'orientation avec la perspective psychogénétique de l'identité, mais plus tardivement vers la fin des années quatre-vingt.  Là aussi, les pratiques ont débuté dans la région métropolitaine pour s'étendre ensuite à d'autres régions.  En Mauricie, un bon nombre de conseillers d'orientation du réseau scolaire ont suivi la formation et la mettent en pratique. 

 

Un projet de réussite éducative est aussi basé sur les résultats obtenus à l'épreuve Groupements pour mieux conseiller les enseignants dans leurs interventions auprès des élèves à risque.  Utilisée au primaire, au secondaire, au collégial et aussi à l'université, la perspective psychogénétique de l'identité s'est particulièrement développée dans le réseau scolaire au cours des dernières années.

 

 

En réadaptation


 

Quelques conseillers d'orientation utilisent l'épreuve Groupements pour mieux saisir les sources des difficultés de réintégration socioprofessionnelle éprouvées par leur clientèle.  La perspective psychogénétique s'est avérée utile pour aider leurs clients.

 

 

En psychothérapie 


 

 Les difficultés identitaires, d'abord identifiées dans un contexte d'orientation, se sont avérées significatives dans plusieurs problématiques personnelles pour lesquelles des personnes venaient consulter en psychothérapie.  L'intervention psychogénétique s'est rapidement montrée efficace tant pour identifier les sources de nombreuses difficultés que pour intervenir de manière à aider les personnes à s'adapter adéquatement aux diverses situations de la vie.

 

L 'Institut en est déjà à la formation de sa deuxième cohorte de psychothérapeutes, la première ayant débuté en 2003.  Ces psychothérapeutes travaillent particulièrement en cabinets privés, mais certains oeuvrent aussi dans le milieu organisationnel, dans le réseau scolaire et dans le réseau de l'employabilité.

 

 

En milieu organisationnel


 

La bonne personne au bon endroit, voilà le défi auquel doivent répondre les organisations afin de tendre vers un maximum d’efficacité. Cependant, bien qu’il soit possible d’évaluer la complexité d’une tâche à accomplir, il est plus difficile d’évaluer comment la personne qui devra s’en charger traite l’information en termes de nuances.

L’ensemble des tests visant à évaluer la personnalité, le Q.I (qui mesure essentiellement les aspects analytiques du sujet) et les connaissances d’une personne n’arrivent pas à rendre compte de la plus ou moins grande complexité avec laquelle celle-ci abordera les fonctions qui lui seront attribuées. De plus, au-delà des tâches à accomplir, la relation qu’entretient la personne avec son environnement de travail, tant au plan de la performance qu’au plan interpersonnel, aura elle aussi une importance majeure sur le fonctionnement de l’ensemble de l’organisation.

Appliquée à ce contexte, la perspective psychogénétique de l’identité permet de considérer ces éléments sous un angle nouveau et efficace. En effet, plutôt que de ne tenir compte que des antécédents professionnels et des connaissances spécifiques des individus, elle permet de cerner comment la personne aborde les situations en terme de flexibilité et de prévoir l’attitude avec laquelle elle fera face aux responsabilités qui lui seront dévolues. 


En éducation : l'école orientante 

 


 

Comment peut-on s’inspirer de la théorie psychogénétique de l’identité pour formuler des pistes d’intervention qui favoriseraient le développement harmonieux de l’identité des enfants et des adolescents à l’école ?

 

Pour la formation des maîtres, il découle que cette dernière n'est pas simplement une question d'acquisition de connaissances et d'approches pédagogiques. Pour interagir efficacement avec les élèves, l’enseignant en devenir doit acquérir cet équilibre intérieur qu'il tentera par la suite d'inculquer à ses élèves en agissant à son tour sur leur identité. Ainsi comment agir, par exemple, sur cette dimension de l'identité qui a trait à la relation avec l'autorité si l’enseignant lui-même éprouve des difficultés à ce plan?

 

Comment faire pour agir sur les futurs enseignants ? À l'occasion des stages, il serait possible d'enregistrer sur vidéo les interventions du futur enseignant pour pouvoir en analyser les implications positives comme négatives pour ses futurs élèves. La vidéo constitue un instrument puissant, même si rarement apprécié a priori par ceux qui y sont soumis. La relation maître-élève y ressort de façon très évidente, avec un effet rééducatif significatif pour le maître.

 

Une telle perspective permet aussi aux enseignants et aux professionnels du monde scolaire de clarifier leurs rôles respectifs et les limites de chacun dans ses interventions. C'est à partir de ce langage commun, de ce cadre commun de réflexion que pourra s'établir la cohérence entre les demandes des directions scolaires, les responsabilités des professionnels et celles des enseignants.

 

La perspective offre aussi une vision différente du changement. Il est de notoriété publique que les professeurs dont se souviennent le plus les élèves sont ceux qui ont su se montrer exigeants envers eux, sans pour autant tomber dans l'excès. C'est de cela, entre autres, qu’il est question dans la construction de l'identité: de forces extérieures qui agissent sur l'autre au-delà, souvent, de ce qui est dit.

 

Beaucoup pourrait être dit sur l’utilisation de la perspective psychogénétique par les enseignants pour faciliter la construction de l’identité à l’école.  À titre d’exemple, citons les difficultés soulevées par l’absence du contact avec la réalité, la préoccupation ou le besoin d’éléments factuels.  Cela touche directement la prise de décision, puisque l’absence de préoccupation ou de prise en compte d’éléments de la réalité se manifeste souvent par une multitude de décisions se succédant sans que la personne ne parvienne à s’arrêter sur aucune d’elles.  Un manque flagrant de réalisme peut se traduire par l’adhésion à des croyances magiques, par des attentes sans rapport avec ce que la réalité permet d’anticiper.  Les difficultés de concentration sont aussi fréquentes à cause du passage d’un élément de la réalité à l’autre, sans pouvoir arrêter son attention sur un élément.  Il en résultera souvent de l’anxiété à l’égard du futur et une indécision chronique ou, à l’inverse, beaucoup de rigidité ou d’impulsivité.

 

Le sens de la réalité résulte de la prise en compte d’éléments factuels, d’éléments de la réalité, et c’est donc sur ces éléments que l’on doit intervenir.  De façon générale, on demandera aux élèves d’appuyer, de documenter, de justifier ce qu’ils énoncent en faisant appel à des arguments factuels, à des données de la réalité.  On interviendra aussi sur l’absence ou le manque d’éléments factuels, sur le déficit de réalisme des élèves et ce, tant à l’occasion de l’expression d’idées en classe, que dans leurs devoirs ou dans des examens.  L’enseignant devra d’autant plus relever les idées erronées des élèves, celles qui manquent de réalisme, qui expriment des croyances magiques, et demander à ces derniers sur quoi ils appuient leurs dires.

 

Le même exercice pourrait être fait pour chacune des dimensions permettant de faire ressortir les déficits, à savoir préciser l’apport de la dimension, les déficits occasionnés par l’absence ou le déséquilibre dans la dimension identitaire, ainsi que des exemples d’intervention en classe pour en favoriser le développement.  L’espace ne le permet malheureusement pas, nous invitons donc le lecteur intéressé à se référer au livre L’école orientante, la formation de l’identité à l’école (Bégin, Bleau, Landry, 2000).